Gouvernance efficace des actifs naturels
Pourquoi la Côte d'Ivoire institue un Fonds souverain
3 dispositifs au service de l'ambition de l'État
C’est l’une des décisions majeures issues du Conseil des ministres du 14 avril 2026 : la Côte d’Ivoire se dote d’un instrument économique de premier ordre, le Fonds souverain de Côte d’Ivoire (FSD-CI). Selon le gouvernement, ce fonds a vocation à permettre au pays de tirer pleinement parti de ses ressources naturelles, dont le potentiel – en particulier dans le secteur extractif — s’est considérablement accru au cours des dernières années.
Pétrole, or, gaz naturel… autant de richesses qui ouvrent au pays des perspectives prometteuses. À travers le Fonds souverain, le gouvernement ivoirien entend renforcer la gouvernance de ses ressources naturelles afin d’en faire des leviers essentiels du développement, de la modernisation et de la stabilisation de l’économie nationale.
En d’autres termes, le FSD-CI constitue pour la Côte d’Ivoire un nouvel instrument de financement et d’investissement, en appui à la politique de développement consignée dans le Plan national de développement (PND). Il se décline en trois sous-fonds :
Le Fonds spécial d’investissement (FSI) a pour mission première de soutenir les investissements rentables destinés au renforcement des infrastructures économiques ainsi qu’aux secteurs d’avenir, au premier rang desquels le numérique.
Le Fonds spécial de placements financiers stratégiques (FSPFS) est, quant à lui, un sous-fonds dédié à l’épargne de long terme. Il vise à consolider le patrimoine national par des placements dans des actifs tels que les actions et les obligations, sur les marchés tant locaux qu’internationaux. Ce fonds doit générer des excédents, afin de constituer une épargne pour les générations futures.
Le Fonds spécial pour la stabilisation économique, troisième composante du FSD-CI, a pour objet de doter l’économie ivoirienne d’une capacité de résistance face aux chocs extérieurs majeurs. Dans un contexte international marqué par des crises successives – pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient –, ce dispositif revêt une importance stratégique majeure, en ce qu’il permet la mobilisation rapide de liquidités en période d’adversité.
Le Fonds souverain sera placé sous la tutelle de la Présidence de la République. Sur le plan de la gouvernance, un Conseil d’administration et un Directeur général seront chargés de sa gestion, dans le strict respect des meilleures pratiques internationales en la matière, notamment les Principes de Santiago.
Un complément cohérent à une architecture financière
La création du FSD-CI s’inscrit avant tout dans la continuité des réformes engagées depuis 2012 en vue de moderniser l’architecture financière publique. D’importantes réformes structurelles ont en effet été conduites afin de doter le pays d’un pôle bancaire public dynamique, incarné par la BNI et la BHCI. Les capacités de financement de l’économie par les canaux publics ont été sensiblement renforcées grâce à la Caisse de Dépôt et de Consignation (CDC-CI), au Fonds de garantie pour les PME (SGPME), ainsi qu’aux Caisses de retraite, jadis déficitaires, et depuis réformées pour devenir de puissants instruments de financement, la CNPS et la CGRAE en témoignent. Ces efforts publics sont relayés par une dynamique d’émergence de banques à capitaux nationaux, l’objectif final étant de disposer d’une capacité de financement de l’économie portée par des initiatives intérieures, judicieusement complétées par les capitaux extérieurs mobilisés.
Le FSD-CI constitue le complément naturel et cohérent de cet écosystème d’instruments publics. Il vise à doter l’économie de capacités de financement plus importantes, afin de permettre la réalisation de projets stratégiques indispensables au développement national, projets que les effets de taille et les contraintes inhérentes à la gestion budgétaire classique ne permettent pas de porter.
Permettre aux embellies de contrer les chocs
La création d’un fonds souverain traduit la volonté d’un gouvernement de valoriser plus efficacement les excédents financiers issus de ses ressources naturelles. La grave crise économique des années 1980, qui mit fin au « miracle ivoirien » sous l’effet de l’effondrement des cours du cacao, rappelle avec acuité la nécessité, pour la Côte d’Ivoire, de faire en sorte que les périodes d’abondance générées par ses richesses naturelles constituent le socle protecteur de l’avenir de ses générations futures. Encore fortement tributaire de ses ressources naturelles, le pays entend ainsi prévenir et endiguer les travers de la mauvaise gestion qui surgissent fréquemment lors de l’afflux de richesses et des excédents financiers qu’ils induisent.
À cette fin, la Côte d’Ivoire s’inspirera de l’exemple norvégien, référence incontestée en la matière, avec son fonds souverain fort de 2 100 milliards de dollars, détenant environ 1,5 % de l’ensemble des actions mondiales.
Sur le continent africain, d’autres nations ont emprunté cette voie, à l’instar du Botswana — important producteur de diamants —, dont le Fonds Pula est reconnu pour la rigueur et la transparence de sa gestion.
Le FSD-CI sera doté d’une enveloppe initiale de 15 milliards de francs CFA dès cette année. Il est estimé qu’il atteindra 700 milliards de francs CFA en 2030, puis dépassera 2 500 milliards entre 2030 et 2040.